En Mai 2012, suite à l’élection du Président F. Hollande, le blogueur Noor Alhar, publiait cette caricature intitulée “Le lobby musulman sous l’ère Hollande” :

lobby musulman
A l’heure où le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, déclare “Le voile qui interdit aux femmes d’être ce qu’elles sont doit rester pour la République un combat essentiel”, où les voix s’élèvent contre la tentative d’imposer Hassan Chalghoumi comme représentant des musulmans en France, Akhawate Business se pose à son tour la question du lobby musulman

Faut-il un lobby musulman ?

Avec plus de 6 millions de citoyens musulmans, la France est le pays Européen qui compte la plus grande communauté musulmane. Pourtant celle-ci est inlassablement l’objet de toutes les tensions et discussions, notamment en période électorale, où elle rend un grand service aux politiques en peine pour parler de sujets sérieux et déterminants tels que la croissance à 0%, le poids de la dette, le chômage, les licenciement massifs, la précarité…
On constate également que le CFCM, organe « officiel » représentant les musulmans, néanmoins créé par la volonté de Nicolas Sarkozy, n’a pas su favoriser l’intérêt des musulmans dans ses prises de position, et souffre d’un certain désaveu de la part de la communauté qu’elle est censée représenter. On en vient immanquablement à se poser la question de la constitution d’un véritable groupe d’influence et de proposition musulman.

Les avantages d’un lobby

Un lobby est une « structure dont se dote une communauté aux intérêts ou convictions semblables pour influencer les pouvoirs publics à son avantage, notamment par des campagnes d’opinion » (Source : Encyclopédie Larousse). Imaginons que les musulmans puissent constituer ce lobby, il pourrait commencer par reprendre tous les dérapages verbaux des politiques à propos de l’islam et des musulmans en saisissant le CSA, voire les tribunaux, tout au moins devrait-il les condamner avec la plus grande fermeté. Il pourrait également faciliter les créations d’écoles privées musulmanes ou la construction de mosquée.
Un autre avantage, et non des moindres, serait de peser sur les décisions politiques. Ainsi -on peut rêver- la loi de 2004 sur le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques serait abrogée, tout comme celle interdisant le port du voile intégral dans l’espace public. Peut-être ce lobby permettrait également l’émergence d’un véritable et fiable label halal.

Le lobbying : compatible avec l’islam ?

Il convient tout de même de se demander si la constitution d’une telle force politique est islamiquement acceptable. En effet, ce groupe d’influence devra composer avec des politiques loin d’être conformes à la jurisprudence islamique, et il est peu concevable d’obtenir des résultats pour les musulmans sans contrepartie. Le deal inclurait probablement une mobilisation de la communauté pour voter en faveur d’un tel ou l’appui de tel ou tel en tant que caution morale représentant les musulmans.
Par ailleurs, on sait à quel point les gens changent dès qu’ils ont du pouvoir ou risquent de repousser les limites du licite quand ils voguent dans les sphères politico-médiatiques. On peut donc être pessimiste quant à la défense des intérêts des musulmans dans le respect des lois d’Allah.

Quelle alternative ?

Akhawate Business a été créé notamment pour aider les entrepreneuses à représenter un poids économique conséquent. Tout comme la SPMF, l’association est convaincue que si les entrepreneuses -et entrepreneurs- musulmans deviennent des acteurs représentant une force économique maintenue par les valeurs éthiques de l’Islam, la communauté sera mieux considérée et ses intérêts observés avec plus d’attention.
Le réseautage et le tissage de liens dans la communauté entrepreneuriale est un premier pas vers la constitution de cette force. Doit s’en suivre un travail acharné pour avoir une activité florissante  et surtout une excellence dans le comportement et le respect de l’islam.

Pas d’illusion, juste la bénédiction

Les musulmans de France ont du chemin à faire pour s’organiser et constituer des structures d’influence à l’instar de leurs homologues britanniques ou encore américains. Mais ne nous voilons pas la face, ce chemin sera semé d’embûches étant donné le contexte mondial et national, et l’allergie de la France à tout ce qui est religieux en général, et musulman en particulier.
Une chose est sûre, le nombre de musulmans est en constante croissance, on prévoit qu’en 2030, 1 français sur 10 sera musulman, et que dans le monde ils représenteront 26,4% de la population. Représenter un poids économique conséquent est le début de ce cheminement qui ferait de nous, par la permission du Tout Puissant, des acteurs et interlocuteurs incontournables.
Les nouvelles générations de musulmans comptent des forces vives qui pratiquent un islam décomplexé et assument la pluralité de leur identité. Loin d’être des béni-oui-oui, si utiles aux nostalgiques du colonialisme, l’avenir de la communauté musulmane est prometteur. Faut-il encore avoir conscience de son pouvoir, avoir une bonne connaissance de sa religion et surtout avoir la crainte du Très-Haut.
Dans tous les cas, il n’y aura pas de succès sans la volonté et la bénédiction d’Allah, il faut donc d’abord aspirer à cette bénédiction pour espérer changer la situation des musulmans en France et dans le monde.

“En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes”

[S.13 Le Tonnerre ; v.11]

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