Naître ou devenir entrepreneur ?

Il y a des questions récurrentes liées à l’entrepreneuriat, l’une d’entre elles est : “Suis-je faite pour devenir entrepreneuse ?” En d’autres termes la question est de savoir si entreprendre est inné ou si cela s’acquiert. De nombreuses personnes se posent, et nous posent, la question. La réponse peut être si vaste et variable que nous ne pouvons trancher de façon catégorique.

Voici des éléments de réponse pour déterminer s’il existe des raisons ou des prédispositions qui amènent à l’entrepreneuriat.

entrepreneur

Comment devient-on entrepreneur ?

Dans un article paru en avril 2011 dans Frankfurter Allgemeine Zeitung, intitulé Pourquoi devient-on entrepreneur ? et dont les conclusions sont souvent reprises, on découvre qu’il existerait deux causes à l’entrepreneuriat :

  • causes externes : économie, règles de la société, formation, emplois occupés, catégorie sociale… On insiste donc sur le fait que « l’entrepreneur est un agent social, ses actions s’inscrivent dans un cadre social, institutionnel et économiques déterminé »[1]
  • causes internes : dépassement de soi, refus des règles, refus du salariat, besoin d’indépendance….

La première approche reste réductrice et néglige complètement le penchant certain des entrepreneurs pour l’initiative, l’aventure et la création. Il est évident que même si les contextes économique, social et sociétal sont favorables à l’entrepreneuriat, tout se fait d’abord par la volonté et l’initiative de l’entrepreneur qui décide de se lancer.
La seconde approche ne peut expliquer à elle seule la décision d’entreprendre, comme toujours, les situations ne sont pas dichotomiques mais pleines de nuances et de possibilités.

De nombreux autres travaux ont tenté de dresser le portrait type de l’entrepreneur en étudiant les données démographiques (milieu social, familial, formation, parcours professionnel…) et psychologiques (traits de caractère). L’hypothèse avancée par ces études était qu’en identifiant le profil externe (données démographiques) et interne (traits de caractères) d’un échantillon d’entrepreneurs, on pourrait faire émerger des traits communs et typiques et même prédire le potentiel entrepreneurial des individus. En réalité, les résultats de ces études ont été contradictoires et il s’est avéré impossible de dresser le portrait type de l’entrepreneur. En revanche, les résultats ont permis de comprendre que le choix de l’entrepreneuriat peut découler d’une multitude de combinaisons de facteurs reflétant ainsi la complexité et la richesse de la nature humaine.

Qu’en est-il des entrepreneuses musulmanes ?

Prenons l’exemple des Entrepreneuses Musulmanes : quand on discute avec elles, la plupart ont quitté leur poste salarié parce qu’il était en contradiction avec leurs convictions religieuses (mixité, refus du voile en entreprise…). On peut donc dire que le contexte social de la France, qui n’offre pas un cadre de travail compatible avec les valeurs de l’islam, est une cause externe qui participe à la décision d’entreprendre.
Toutefois, ces femmes auraient également pu se contenter d’être des mères au foyer (ce qui est un métier à plein temps !), de faire de l’associatif pour occuper leur journée et compter sur le salaire de leur compagnon. Mais ce sont bien des causes internes qui les ont poussé à se lancer : envie de tirer avantage de leurs compétences, se rendre utile pour la communauté, être un exemple pour les autres, prouver qu’on peut être voilée et entrepreneuse qui connaît le succès, etc.
C’est donc une combinaison de plusieurs facteurs propres à chaque individu qui amène à entreprendre, et il y a autant de raisons d’entreprendre que d’entrepreneuses. Elles ont toutes fait ce choix pour une multitude de raisons et d’aspirations, et si on analyse de plus près, on peut même remarquer que ce qui a motivé certaines, aurait découragé d’autres ou que la raison essentielle des unes est une raison secondaire pour d’autres.
Par ailleurs, en tant que musulmans, nous savons que rien n’est figé, le pécheur d’hier peut devenir le vertueux de demain, et inversement. Certes nous croyons au destin qu’il soit bon ou mauvais, mais nous croyons aussi en la capacité de l’homme à se former et à se réformer, en l’instabilité de cette vie et au caractère éphémère de ces étapes.
Ni le savoir ni le savoir-faire, quelque soit leur nature, ne sont innés, ils s’acquièrent et évoluent.

L’entrepreneuriat : cela s’apprend-il à l’école ?

Je me souviens de la responsable du département entrepreneuriat d’une école de commerce, qui, lors de la présentaEntrepreneusetion de cette s ection, avait répété « on naît entrepreneur, on ne le devient pas ». S’en est suivi un profond questionnement et un doute quant à ma capacité d’entreprendre : l’avais-je dans le sang ? Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre que cette dame faisait fausse route et avait probablement découragé plusieurs étudiants en affirmant avec force et fourvoiement que l’entrepreneuriat était inné. J’ai aujourd’hui la certitude que chacun a le potentiel pour devenir entrepreneur, nous avons tous des expériences, des acquis et des compétences qui constituent le capital primordial d’une entreprise. La comptabilité, le marketing, la communication, la négociation, le design… tout cela s’apprend à l’école ou dans les bouquins, mais l’entrepreneuriat c’est la vie qui nous l’apprend, à nous de tirer les enseignements de chaque expérience, de travailler très dur pour monter et faire vivre un projet et de ne cesser de se former pour être une meilleure entrepreneuse.

La meilleure école : l’école de la vie

Pour conclure, rappelons que le propre de l’entrepreneur est d’être aventurier, d’aimer le risque et la créativité. Il est donc difficile de l’enfermer dans un carcan ou de le réduire à un certain profil. Il est également illusoire de prétendre que c’est un don qu’on a la chance d’avoir, ou pas. La typologie de l’entrepreneur, si tant est qu’il y en existe une, est aussi complexe et riche que l’Homme. Il y a une part de déterminisme socio-économique (chômage, crises, on veut un travail sharia-compatible…), une part de personnalité (envie d’indépendance, goût du risque, créativité…) et une part de je-ne-sais-quoi !
On vous le répète, les outils de gestion d’entreprise s’apprennent et s’apprivoisent, la confiance en soi, la gestion du temps, l’organisation se travaillent. En définitive, si vous êtes une studieuse élève de la vie, une bosseuse et une rêveuse vous pouvez devenir une entrepreneuse ! Faites confiance à votre potentiel, à vos capacités, sondez vos compétences et vos acquis, osez créer, imaginer et réaliser vos rêves d’entreprendre.


[1] Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis, la légende de l’entrepreneur. Le capital social, ou comment vient l’esprit d’entreprise. Editions La Découverte et Syros, 1999, p,139

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