Être patronne, une crédibilité à gagner…ou à prendre

Sont concernées ici, bien évidemment toutes celles qui ont à faire dans le cadre de leur entreprise, à des hommes, musulmans ou non.

L’entrepreneuse et les entrepreneurs

Comme je l’avais dit dans le précédent article,  en nous voyant arriver, les interlocuteurs ne pensent pas avoir à faire à une femme d’affaire. Quand on débarque sur le lieu de rendez-vous, j’en veux pour preuve ma propre expérience, et celle de beaucoup d’autres, “l’homme” ne nous voit même pas.

Si le rendez-vous est pris par téléphone, à la rigueur il s’attendra à rencontrer une jeune femme ‘in’ en tailleur et brushing parfait, ou même en talons hauts et lunettes sur le nez. Mais il ne s’attendra sûrement pas à une femme voilée… UNE FEMME VOILÉE ! Certaines fois, on est à la limite de les voir sortir l’ail et le pieu.

Dans les meilleures des situations, on nous toise avec amusement  d’un regard qui se traduit par “Où sont les caméras?”  

caméra caché

Une entrepreneuse dans le milieu du prêt-à-porter, encore jeune à ses débuts il y  a 7 ans (à peine majeure), se voyait être toisée par ses fournisseurs. Ceux-ci remettaient en question son sérieux et son statut jusqu’au moment où elle sortait ses billets pour régler la facture… Au fil du temps, ils ont envié chez elle des qualités de patronne qu’ils désespéraient de voir naître chez leur progéniture. Une expérience positive qui, toujours selon ses dires, lui a permis de forger son caractère de femme d’affaires, et de tenir tête des années plus tard lorsqu’elle tombait sur des personnes crapuleuses aux méthodes abusives.

Une autre femme dans le milieu de la restauration, à la recherche d’un local, était systématiquement refoulée après les premières visites, bien que son projet suscitât à chaque fois l’enthousiasme par contact téléphonique . D’un naturel optimiste, elle mit du temps avant de se poser ces questions qui surgirent dans son esprit comme une crampe au mollet. Aussitôt elle les partagea avec le énième propriétaire d’un local : “Au choix, dites moi ce qui vous empêche de me louer ce local, qui m’était quasiment acquis selon vos propres paroles ? Mon sexe, mon foulard, ma couleur ? Une femme, noire, voilée…c’est trop pour vous? La réponse réchauffée, repassée au micro-ondes, à l’odeur âcre et à l’arrière-goût d’hypocrisie lui fut servie : “… Mais…pas du tout ! J’ai d’ailleurs de très bons collaborateurs originaires de Tunisie… et le copain de mon fils est “bronzé” comme vous et vient très souvent à la maison…”. Rien de pire que ça. Simplement assumer aurait été moins insultant : “Effectivement, je n’ai pas pour habitude de voir des femmes issues de l’immigration etc…” une sincérité qui ouvrirait au dialogue.

Une sincérité qui m’a été “offerte” par un grossiste qui me demanda dans quel domaine j’exerçais. Il félicita le fait qu’il n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer des femmes “comme nous” (voilées ndlr) entrepreneuses, dans son magasin. Et que récemment, il voyait surtout des personnes “comme nous” (issues de l’immigration ndlr) venir pour des chichas ou des snacks et que c’était la première fois qu’il avait à faire à une maison d’édition. Il nous a félicitées pour notre démarche et a été d’une gentillesse extrême tout le long de son service. Des mots parfois maladroits mais avant tout honnêtes qui ont laissés, je l’espère, leurs traces…

L’entrepreneuse et les frères-entrepreneurs

Un avis également mitigé lorsqu’on travaille avec nos coreligionnaires. De façon générale, j’ai eu jusqu’à aujourd’hui de belles surprises quant aux partenariats avec nos frères. J’ai trouvé une aide bienveillante et de la facilité. La plupart du temps des relations meilleures que celles avec les sœurs. Peut-être du fait qu’elles sont dénuées d’affect grâce au rapport hommes-femmes religieusement limités. Alors débarrassée de tous les codes mondains et émotionnels que les femmes s’infligent, ils ne restent que la relation “fillah”, où toutes choses sont faites dans l’intention d’aider et de faciliter les choses à sa sœur fillah. J’ai l’impression que beaucoup d’entre nous vivons cette belle réalité au point même que pour certaines, cette relation quasi paternelle les empêche de mettre de côté un imaginaire lien filiale en situation de désaccord, quitte à faire fi de sa propre opinion…

pacte-associe

Justement, la frontière est quelques fois très mince entre la reconnaissance et l’allégeance. La reconnaissance est devenue une qualité rare. La première que nous devons est au Très-Haut et ensuite à ceux qui ont été les causes d’une facilité, d’une aide : “Ne remercie pas Allah, celui qui ne remercie pas les gens”, rapporté par Bukhari et Dawud. Il s’agit bien de ça. Il s’agit de votre travail, de vos efforts. Remerciez-Le d’abord pour ça ! Puis remerciez les autres. Car ils ont été, eux aussi des “instruments” de votre réussite, tout comme nous pouvons l’être pour d’autres. Mais vous ne vous octroieriez pas le droit d’opinion sur la personne que vous avez assisté ? Ridicule hein ? Pourtant, c’est un travers dans lequel certaines- j’ai dit certaines – tombent : une bay’ah éternelle aux hommes qui leur ont donné un coup de main. Je me permets un parallèle avec ce même phénomène observé chez les convertis quand ils retournent à l’Islam. La  personne qui est la cause de la conversion oublie souvent très vite qu’elle n’est qu’un instrument. Elle prend souvent très mal le fait que la nouvelle musulmane n’écoute pas tous ses conseils, qu’elle ne lise pas tout ce qu’elle lui dit de lire ou TRAHISON ULTIME : qu’elle soit d’accord avec un prédicateur/savant alors qu’elle, elle ne l’est pas. En gros, qu’elle ne pense pas comme elle. L’entrepreneuse est la convertie du business ; nouvelle, innocente et perdue, heureuse de voir un “frère du milieu” l’aider à percer, comme une oasis dans le désert. On ne remercie pas l’eau qu’on boit, mais Celui qui l’a mise là. La reconnaissance va aux hommes et l’allégeance à Allah et à Son prophète. La confusion des deux est qui, pour le moins, décrédibilise d’un point de vue professionnel et éthique.

Les abus sont partout. Mais il est utile de soulever ici les rares cas où des frères peu honnêtes vont abuser de leur statut d’homme. Ou plutôt, là où ils n’auraient pas été professionnels avec un autre, ils vont l’être encore moins avec une femme. Pensant qu’elle osera moins se défendre car c’est connu : nous sommes de pauvres choses fragiles et sans envergure. J’en veux pour preuve une jeune femme dont le statut social est passé de “mariée” à “célibataire” et en conséquence les rapports avec un frère-collaborateur, de “radieux” à “orageux”. Les remarques d’une femme devinrent bien moins acceptées depuis que l’ombre “progestéronique” (pardonnez le néologisme) avait disparu. Des situations rares mais réelles.

Le secret ? L’attitude

Le principal est, comme l’a proclamé l’une des nombreuses entrepreneuses qui furent la matière de cet article : l’attitude. L’attitude positive. Mettre de côté ces regards de travers, ces paroles déplacées. Faire son boulot correctement en ignorant les mauvaises ondes et en ayant un sourire à toute épreuve. Nous ne sommes pas polluées par les mauvais caractères, nous communiquons notre énergie positive. Quant à ceux qui persistent dans leur mauvais penchant, faites vous justice selon les règles d’Allah, en l’empêchant de vous nuire. Toujours avec un sourire flamboyant . Vous aurez  pour vous le bon comportement même aux pires des situations. Et toujours rappeler (car le rappel profite au croyant) que le passage en caisse sera terrestre ou eschatologique! Comme me le dit mon papa (professeur, entrepreneur, pasteur) depuis mon plus jeune âge : “On ne peut rien face à la gentillesse”. Des paroles qui font écho, dans mon cœur aux paroles de notre bien-aimé prophète (Sallahou aleyhi wa salam): “On a demandé au Prophète (Sallalahou aleyhi assalam): « Qu’est-ce que la religion ?  -C’est d’avoir un noble caractère » a-t-il répondu” rapporté par Abû Dawud et Tirmidhi.

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