Les créations originales Gulshaan confectionnées dans des ateliers d’insertion de femmes au Pakistan

On poursuit notre Semaine des Entrepreneuses Musulmanes avec une jeune femme qui a mis l’éthique au centre de son commerce. Aayat a une longue expérience dans le social et un fort attachement à la région pakistano-afghane, c’est donc tout naturellement qu’elle a ouvert une boutique de prêt-à-porter qui met à l’honneur les tissus et les accessoires de cette région et qui a une forte dimension sociale en confectionnant ses créations dans des ateliers d’insertion pour femmes. Entrez dans le Jardin de Roses de notre lauréate, découvrez l’univers Gulshaan.

N’oubliez pas d’écouter la suite de son interview disponible à la fin de l’article.

Quel est votre parcours Aayat ?

Je suis issue du social et de l’humanitaire à la base. J’ai toujours fait pas mal de choses en même temps, j’ai plusieurs licences et un master dans le domaine du social et de la communication notamment. J’ai principalement travaillé dans le social, mais j’ai aussi été interprète et enseigné l’ourdou. Je me suis ensuite lancé dans des études de stylisme modélisme.

Présentez-­nous Gulshaan

Gulshaan est une marque et une boutique en ligne de vêtements pour femme cousus de manière artisanale au Pakistan dans des ateliers pour femmes en insertion. La boutique propose des créations originales puisque nous dessinons nos propres modèles, puis nous utilisons des tissus naturels (lin, coton) choisis au Pakistan et cousus sur place.

Pour notre collection, nous avons souhaité des vêtements originaux et facilement portables. Ce sont des vêtements de tous les jours, agréables à porter puisque nous utilisons exclusivement des matières naturelles, mais avec une touche ethnique, de part les motifs des tissus pakistanais. Nos robes longues, jupes ou tuniques sont teintées de tradition, mais résolument modernes. La boutique propose également des accessoires et des bijoux issus de l’artisanat traditionnel. Le volet social est très important : au Pakistan, les femmes ne travaillent pas, ou très rarement et seulement dans certains domaines, à savoir l’esthétique et l’enseignement où elles sont indispensables aux yeux d’une société dans laquelle il n’y a pas de mixité. Les femmes sont donc très dépendantes de leur famille, puis de leur belle ­famille après le mariage. Dans certaines situations dans lesquelles elles n’ont plus cette protection, comme le décès de leur mari ou un divorce, elles se retrouvent très démunies et parfois obligées de mendier pour survivre. Les femmes ne sont pas assez formées ni éduquées car on sait qu’elles ne travailleront pas. D’un autre côté, les entreprises ne sont pas prêtes à les accepter car elles ne sont pas formées. C’est un terrible engrenage. D’où l’idée de travailler avec des ateliers employant des femmes en insertion, dans le but de créer notre propre atelier pour pouvoir former et employer des femmes dans le besoin de par ces situations extrêmes.

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Comment avez-­vous eu cette idée Aayat ?

J’ai l’impression que l’idée est venue d’elle-­même. C’est un condensé de mes expériences précédentes et de mes centres d’intérêt, des opportunités au Pakistan et ici qui se sont mêlées pour arriver au projet final. Je cousais moi­-même, mais je ne trouvais mes tissus qu’au Pakistan et je ne trouvais pas de vêtements qui me ressemblent en France. Je souhaitais travailler à domicile, mais aussi lancer un projet qui mêle commerce et social, par lequel je puisse partager mon univers, du Pakistan à la France.

L’argent est souvent un problème pour les entrepreneuses, comment avez­-vous financé votre entreprise ?

Tout a été financé par mes propres économies et des économies familiales. Il n’était pas question d’emprunter, même sans intérêt, je ne voulais pas démarrer le projet avec des dettes. Deux ventes flash ont également été organisées avant l’ouverture, ce qui nous a permis de tester nos produits, mais aussi de faire un bénéfice qui a été réinjecté dans le budget de l’ouverture de la boutique.

Quel est votre produit phare et pourquoi est-­il si spécial ?

Notre produit phare c’est l’ensemble pakistanais, le « shalwar kameez ». Il était important de faire découvrir cette tenue originale et complète, composée d’une longue tunique (kameez), d’un pantalon (shalwar) et d’un long voile assorti (dupatta). Il nous est vite apparu que cette tenue était peu ou mal connue et qu’elle était souvent associée aux vêtements bollywood très kitchs alors qu’il n’en était rien. Au contraire, l’ensemble pakistanais est élégant et sobre, sa longue tunique allonge la silhouette et donne de l’allure et son long voile assorti est l’allié idéal d’une tenue pudique. En tissu naturel, il peut être porté tous les jours, toute son originalité et sa beauté résident dans les motifs du tissu, à l’image des shalwar kameez MUSKAN et ZINDAGI de la collection. Ces trois pièces peuvent être séparément associées ave d’autres vêtements, été comme hiver.

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Shalwar Kameez Muskan

à quoi ressemble les journées de la créatrice de Gulshaan ?

Il n’y pas de journée type puisque mon activité connaît une grande saisonnalité. Une partie de l’année va être consacrée à la création de la collection, puis aux déplacements au Pakistan, et ensuite aux échanges avec le Pakistan par skype. Une partie de la journée doit être réservée à l’animation des réseaux sociaux, à la rédaction du blog, aux réponses aux mails, etc. La boutique vient d’ouvrir donc le planning quotidien n’est pas encore bien défini.

Imaginez que vous pouvez embaucher, pour quel poste ce serait ?

Sans hésitation, c’est tout le côté vente que je déléguerais, mais également la partie communication, pour me consacrer uniquement au cœur du travail, à savoir le travail avec le Pakistan et les ateliers sur place, les croquis des collections, mais également la rédaction du blog. Disons que la vente sur la boutique n’est que l’aboutissement de toutes ces activités qui prennent énormément de temps et qui demandent qu’on s’y consacre totalement.

Quand vous pensez à ce que vous avez réalisé avec ce projet, quelle est votre plus grande fierté ?

Pour moi, rien n’est encore fini et à chaque étape réalisée, je pense déjà à la prochaine et ainsi de suite. C’est une éternelle progression, mais alhamduillah quand je regarde en arrière et que je vois le chemin parcouru, je me rends compte à quel point ce qui n’était qu’une idée est à présent concret, et commence à être connu et reconnu dans la communauté ; mes proches sont fiers de moi et c’est, je pense, ma plus grande fierté.

Qu’est-­ce que vous vous êtes offert avec votre premier salaire ?

La boutique vient d’ouvrir, donc on verra quand je recevrai le premier salaire… payer les factures peut-être ?

Qui est votre meilleur soutien dans cette aventure ?

Alhamdulillah mes parents sont les premiers fans de Gulshaan. J’avais peur de leur parler de mon projet car le commerce n’est pas quelque chose de valorisant dans ma famille et je pensais à tort qu’ils n’y trouveraient pas d’intérêt. Mais c’est justement tout ce qui est au delà de l’aspect « vente » qu’ils ont tout de suite vu, qu’ils ont aimé et qu’ils soutiennent : le blog, le partage d’une culture, l’aspect social, etc.

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En quoi votre parcours peut-­il inspirer d’autres personnes ?

Je n’aime pas me mettre en avant, mais Gulshaan, c’est mon univers, c’est tout ce que j’aime et que j’ai envie de partager. Je pense que c’est en restant soi-­même, en restant vrai et authentique, que l’on a le plus de chance de réussir, car ce que l’on créera ne ressemblera à rien et ne pourra pas être copié. C’est ce que je conseille à quiconque désirant se lancer dans un projet : avant de se jeter sur ce que font déjà les autres, faites CE QUE VOUS ETES, ce que vous aimez faire et qui vous ressemble, gardez des intentions sincères et renouvelez les souvent. Allah nous ouvre souvent des voie que l’on était loin d’imaginer, même si la situation des femmes musulmanes est compliquée en France.

Comment alliez-vous vie perso et vie pro ?

A ce niveau là je me cherche encore malheureusement. En tout cas, je dirais qu’il faut savoir se préserver, savoir s’imposer des moments « off » et des horaires et compartimenter les activités, ce qui est difficile quand on travaille chez soi. Compartimenter les espaces peut donc être une solution pour organiser plus facilement les activités.

Dans quelle mesure intégrez-vous l’éthique musulmane dans votre entreprise ?

Je ne viens pas du tout du commerce à la base et c’est vrai que j’avais des a priori sur ce domaine, qui bien qu’il soit encouragé dans l’Islam, n’était pas valorisant pour moi tant qu’il s’agissait juste de « faire de l’argent ». C’est pour cela que je ne voyais pas mon projet sans démarche sociale. Le point de départ du projet, ce sont les ateliers sociaux au Pakistan, qui permettent à des femmes dans le besoin, qui n’ont aucun homme qui puisse subvenir à leurs besoins, comme les veuves ou les femmes divorcées, d’être formées et de travailler. Ensuite, l’éthique est présente dans tous les pans du projet : les coupes des vêtements, les prix, car si nous voulons que chacun soit justement rémunéré, nous souhaitons également respecter la clientèle et proposer des prix décents. Ajoutons à cela les emballages qui sont recyclés, le rapport au public, l’honnêteté et la transparence, l’entraide et les partenariats avec d’autres professionnels de la communauté, etc.

A votre avis, comment peut­-on améliorer la situation des entrepreneuses musulmanes ?

Par des initiatives comme celles d’Akhawate Business justement, qui nous aident à créer une solidarité, un esprit de communauté, car c’est ce qui manque en France. On s’auto-­censure parce que le côté communautaire est culturellement quelque chose que l’on doit cacher et en conséquence on a tendance à rester isolées, à s’empêcher de voir loin. Pour qu’une véritable émulation constructive existe, il faut une vraie dynamique de participation et d’entraide de la part de tous les acteurs de la communauté : les commerçants mais pas seulement, les blogueurs, les clients, etc. Nous devons ne faire qu’un et avancer vers ce même but COLLECTIF d’élever la communauté. Il n’y a rien de pire que l’isolement et rien de plus motivant que la reconnaissance du travail accompli dans un but noble.

A quoi ressemblerait votre réussite ?

Ma réussite, ça serait que mon projet soit utile socialement tout en me permettant d’en vivre. J’aimerais réussir à créer mon propre atelier social pour femmes au Pakistan, avec une partie formation. Réussir, ce serait aussi être épanouie dans une activité professionnelle qui me permette de me consacrer pleinement à ma vie personnelle.

Voulez-­vous nous dire autre chose ?

Les actes valent par leurs intentions et la réussite vient d’Allah. En étant sincère dans sa démarche et dans ses objectifs, on a parfois l’impression que les portes s’ouvrent toutes seules. Je ne me suis jamais sentie aussi entourée que depuis que j’ai entrepris cette aventure, alhamdulillah.

Cette année encore, Akhawate Business vous propose, en plus d’un article qui consacre les lauréates de la #SemaineAkb, une interview enregistrée et mise en ligne sur notre chaine Youtube.

Écoutons Aayat nous parler de son entreprise et de son approche de l’entreprenariat

Qu’Allah fructifie votre commerce, qu’Il fasse que Gulshaan soit la cause de l’amélioration de la situation de nos sœurs au Pakistan, et que Dieu inspire aux entrepreneuses ce souci permanent de la dimension éthique et sociale.

Il est maintenant temps de se faire plaisir et de se laisser tenter par les créations originales de Aayat. Vous aussi, succombez à l’odeur enivrante du Jardin des Roses en visitant la e-boutique >> Gulshaan, en likant la >> page facebook, en suivant le >> compte twitter et enfin, en lisant avec délectation >> Gulshaan le blog.

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