L’amitié entre l’industrie du luxe et le commerce équitable est plus forte que jamais

Commerce équitable et luxe sonnent naturellement antinomiques. Mais il n’est pas dit qu’ils ne peuvent se marier ensemble. Comment allier l’achat d’un sac à main valant un mois de Smic et la protection sociale des petites mains ouvrières ? Pourtant, ces dernières années ont vu naître des marques alliant le haut de gamme et le bien-être social des salariés vivant dans les pays en voie de développement. Un mouvement qui tend vers plus de responsabilité et de durabilité dans la production et la consommation gagne le marché, mais comment encrer durablement ces tendances et ces nouveaux comportements ?

Comment la banlieue et Yves-Saint-Laurent se mêlent à l’équitable

Simplement en suivant les codes du commerce équitable pour créer des produits de très haute finition et la réalité regorge d’exemples.
Commençons en haut de l’échelle avec Yves-Saint-Laurent. La prestigieuse maison de haute couture française a produit une collection de sacs créés par des femmes de l’association Gafreh au Burkina Faso. Produits en 60 exemplaires seulement dans le monde, l’édition limitée Muse Two Artisanal a été conçue à partir de sacs plastiques recyclés et de coton tissé. Répondant à une demande croissante des clients haut de gamme soucieux de l’origine des produits qu’ils achètent, YSL a su allier éthique et conservation de son savoir-faire créatif et artisanal.

Plus proche de nous et plus récemment, l’édition 2013 du concours Talents des Cités a récompensé Ismahane Chaftar et sa soeur Wadia, pour la création de leur marque d’accessoires de mode haut de gamme Covet Chic. Dans une interview pour le site L’Express, les deux jeunes femmes expliquent qu’elles reversent 5 % de leurs bénéfices à des associations comme l’Unicef. Leurs produits sont faits main par des créateurs du monde entier :

Par exemple, Deepa Gurnani fait réaliser ses headbands (les bandeaux) par un atelier éthique en Inde où les femmes qui y travaillent ont été spécialement formées à la technique de l’artisanat

luxe durable

Source : http://blog.peopletree.co.uk/

Quelle place pour le luxe durable dans l’entreprenariat musulman ?

Lors d’une conférence autour de l’industrie du luxe en 2009, François-Henri Pinault, à la tête du géant du luxe PPR (Yves-Saint-Laurent, Gucci, Balenciaga entre autres) avait déclaré :

Aujourd’hui les clients veulent retrouver de réelles valeurs, comme la constance, la sincérité et des standards exemplaires

Des valeurs qu’en tant que musulmanes nous nous devons d’avoir et de mettre en pratique. N’est-il pas temps de réfléchir à un commerce responsable qui abandonne les codes de la consommation, et donc de la production, de masse, pour se tourner vers un modèle plus viable, plus “haut de gamme”, sans se tourner forcément vers le luxe ? Certes, j’entends déjà les voix s’élever pour dire que tout le monde ne peut pas se payer une robe made in France ou commerce équitable dont chaque étape de production est justement rémunérée, ou encore s’offrir un somptueux tapis artisanal confectionné par des femmes de l’Atlas. Soit. Il n’en demeure pas moins qu’en consommant de façon raisonnée et responsable, on pourrait acheter plus de ces produits équitables et de luxe : au lieu d’acheter 3 vêtements cheap, on peut s’en offrir un de qualité supérieure, au lieu de manger de la viande à l’origine douteuse chaque jour, on peut se contenter d’une belle pièce bio et certifié halal. Vous l’aurez compris, le luxe durable et plus simplement l’équitable est autant, si ce n’est surtout, de la responsabilité des consommateurs ou consomm’acteurs.

De consommateur à consomm’acteur

Mais que les (futures) entrepreneuses gardent les pieds sur terre, les clients n’achèteront pas forcément et immédiatement des produits équitables de luxe pour sauver le monde. L’idée est de miser sur des articles exceptionnels, uniques, exclusifs, pour se démarquer de l’industrialisation massive des produits de luxe à la merci des modes éphémères. Je pense certainement que les musulmans pourraient être à la pointe dans ce domaine étant donné les valeurs prônées en ce sens par notre religion. On doit s’inquiéter de la provenance et de la méthode de production d’un bien autant qu’on s’inquiéterait de savoir s’il faut boycotter telle ou telle entreprise car en vérité tout est lié. Les euros que l’on ne souhaite plus dépenser pour consommer du Coco Cola ou du L’Oréal, on ne devrait pas non plus souhaiter les dépenser pour consommer dans les grandes enseignes telles qu’H&M, parce que cet argent engendrera et entretiendra des souffrances dans les deux cas. Nous sommes le changement, encore faut-il renoncer à son confort pour revoir sa consommation et sa production. Les entrepreneuses doivent être, au moins, plus attentives à leur offre (origine des produits, conditions de fabrication, etc) et bien que ce soit très fatigants, elles ont un rôle d’éducation, de transmission de valeurs et de sensibilisation à mener. Au consommateur de prendre conscience de sa consommation et de ne pas se détourner de sa responsabilité. 

Il existe un réel besoin et une véritable envie de changement. L’artisanat, le « fait-main », l’originalité, sont tout autant d’atouts qui sont finalement, des caractéristiques du produit de luxe par excellence. Et si l’Islam ne condamne pas le luxe, il demande de la mesure dans les dépenses. A nous d’instiller des valeurs éthiques dans l’industrie du luxe, qui est après tout un commerce parmi d’autres.

Sans parler d’industrie du luxe, des entreprises comme Bionoor ou Gulshaan font ce travail et cet effort de mettre du sens dans leur business et de sensibiliser la communauté à sa méthode de consommation. Oui c’est possible de faire du business et de gagner sa vie en développant un commerce responsable et en pratiquant des prix que beaucoup considèrent comme très élevés.

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