“la mode n’a d’intérêt que s’il y a un sens derrière”

Elle avait marqué les esprits et gardes robes avec sa collection de prêt-à-porter et d’accessoires d’inspiration indo-persane. Mais ce qu’on retient aussi de Gulshaan c’est cette éthique, réelle, qui se concrétise autant à travers le choix des tissus que de la collaboration avec un atelier  de confection où travaillent des femmes pakistanaises en réinsertion. En somme, Gulshaan c’est la mode, le modest fashion, qui a du sens. Voyons ce qu’elle est devenue.

Comment en êtes-vous venu à choisir le modest fashion ? Quels problèmes ou défis particuliers a-t-il posés ?

Ce n’était pas un choix, mais une évidence. La modest fashion est un mouvement international qui rassemble, aussi bien les pays que les cultures et les religions, il casse les clivages. Le choix par contre a été de garder le terme en anglais, car à l’époque où nous y avons réfléchi, personne n’en parlait encore en France. Le traduire aurait été trop réducteur. Aujourd’hui on parle de Modest Fashion partout et nous ne regrettons donc pas ce choix.

De quelle manière garantissez-vous la dimension éthique de vos vêtements ?

Il était important pour moi que le projet ait une dimension éthique, voire sociale. J’ai fait des études de stylisme-modélisme, mais je viens également des domaines du social et de l’humanitaire. Pour moi, la mode n’a d’intérêt que s’il y a un sens derrière : celui d’être utile socialement, mais aussi celui de faire passer les bons messages. Nous avons le pouvoir de faire changer les mentalités. Tous nos vêtements sont dessinés en France, mais cousus de manière artisanale au Pakistan dans un atelier qui promeut le travail des femmes, sachant que là-bas, les possibilités de travailler et d’être formées sont rares quand elles en ont vraiment besoin. Notre atelier a été reconnu comme “fair” (équitable) au Pakistan : le travail se fait dans des conditions humaines, équitables et responsables. Nous avons réussi à fidéliser une petite équipe, ce qui est déjà un grand pas.

Qu’avez-vous réalisé depuis que vous êtes lauréate ?

Au moment du concours, la boutique en ligne de la marque ouvrait juste. Le lancement s’est très bien passé, nous avions déjà une clientèle au rendez-vous. Nous avons lancé quelques mois plus tard notre première collection été, puis une collection d’hiver il y a peu. Chacune des collections a été très bien accueillie alhamdulillah. Nous avons été invités à défiler au IMFDF festival de Toronto au mois d’août, ce qui a eu de belles retombées. Nous avons également travaillé en collaboration avec la costumière d’une équipe de production pour le tournage d’un film franco-belge, qui sortira courant 2016. Je me suis également entourée au fur et à mesure de partenaires précieux et l’équipe s’est agrandie.

Quels sont vos projets pour l’année à venir ?

On peut dire que Gulshaan prend une autre dimension, je suis même un peu dépassée par les événements. Pour l’instant, je peux difficilement en dire plus, mais vous pourrez suivre notre actualité sur le blog de la marque.

Que vous a apporté le fait d’être lauréate ?

Déjà, de la confiance en moi et en mon projet. La boutique de la marque n’était pas encore lancée quand j’ai participé, et cela a été le premier retour positif “officiel”. À ce moment-là, c’était vraiment important. Je pense que cela a également donné une certaine visibilité à Gulshaan au sein de la communauté.

Quels conseils donneriez-vous aux candidates du concours ?

De croire en leur projet et de rester elles-mêmes. C’est comme ça qu’elles se démarqueront, car leur projet ne ressemblera à aucun autre.

gulshaan_aman

Maxi Kimono Noor

Quels conseils donneriez-vous à une entrepreneuse débutante ?

Je dirais déjà : n’ayez pas peur de viser haut. Ne créez pas votre entreprise comme passe-temps, pour vous occuper à la maison, vous valez mieux. Ensuite, lancez-vous dans une activité que vous maîtrisez, pour laquelle vous êtes formée, ou alors formez-vous avant de vous lancer : on ne s’invente pas styliste, webmaster, graphiste, photographe, même si on aime beaucoup ça. Et cela conduit à des entreprises au niveau médiocre alors qu’on pourrait s’élever dans des domaines pour lesquels on a vraiment les compétences, et je trouve ça dommage. Demandez-vous également pourquoi vous le faites, car les résultats dépendront de l’intention de départ.

Et à une qui rame, n’arrivant pas à faire décoller les ventes de ses produits, que diriez-vous ?

Je lui dirais qu’il y a sans doute un problème, et qu’il faut trouver lequel… Est-ce que ce sont les produits, les prix, la communication, etc. Le mieux pour cela est de faire appel à un œil extérieur et si possible à un professionnel. On a parfois “le nez dans le guidon” à un tel point qu’il devient difficile de prendre du recul et de faire les bons choix. C’est pour cela qu’il est important d’être bien entouré.

Quel a été l’obstacle (intérieur ou extérieur) le plus difficile à surmonter dans votre parcours d’entrepreneuse ?

Même si ce ne sont pas des obstacles, je dirais que certains comportements autour de moi et dans la communauté m’ont déçus.

Ensuite, le manque de temps ! Il me faudrait des journées de 48h… Entre le travail avec le Pakistan, la création des collections, toute la logistique, la communication, etc. Je n’ai pas une minute. Il est important d’apprendre à s’organiser et à garder du temps pour soi, et l’organisation est primordiale.

Retrouvez les créations originales et éthiques de Gulshaan ainsi que ses inspirations sur instagram et soyez patients, une collection homme sera bientôt en ligne…

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